Printemps

 Le Printemps

  COMME il nous paraît souvent long à venir !

    Un rayon de soleil, une brise tiède, nous le font espérer, puis les nuages envahissent le ciel, un vent aigre mord notre visage... Le printemps viendra . Et alors ce seront d'abord les fines verdures posées comme un duvet sur les extrémités des branches, les chants des oiseaux répondront aux murmures des sources cachées sous la mousse ; une brise tiède fera fondre les dernières plaques de neige aux creux des rochers, l'herbe reverdie s'étoilera de pâquerettes et de boutons d'or .

     Plus tard, sous les branches touffues des hêtres, les clochettes des muguets émergeront des herbes luisantes et les arbres se couvriront de fleurs ... Cueillons aujourd'hui la première fleur du printemps : le perce-neige .

 Le Perce-Neige 

    SANS craindre les giboulées, ni les retours de la bise, sa frêle tige se dresse à la lisière du bois, portant la corolle de neige dont un trait vert souligne la blancheur. Les arbres sont encore dépouillés . Dans la forêt, les branches mortes craquent sous le pied . Rien n'annonce la venue des beaux jours . Mais la petite fleur sait que l'heure est venue, et, courageuse, elle quitte son abri douillet pour annoncer le printemps .

   Es-tu comme le perce-neige ? Lorsque chaque jour ressemble à un autre jour, lors­que tu crois pouvoir te plaindre de l'incompréhension de ceux qui t'entourent, lorsque la tâche quotidienne t'apparaît sans issue, ou qu'une indisposition malencon­treuse te retient au logis ; lorsque tu t'impatientes d'être encore dans cet « âge ingrat » qui te semble devoir durer toujours, sois comme le perce-neige : N'attends pas que la vie change pour être la messagère d'espé­rance .

   Apporte chez toi, autour de toi, la floraison d'un cœur vaillant et joyeux . Dans l'ennui, mets la gaieté, dans la monotonie apporte la fantaisie de ton esprit ; dans la maladie, garde la sérénité, gage de la guérison . Fleuris, sans attendre les beaux jours, Ils viendront .

 L'Anémone 

    UN peu plus tard que le perce-neige, s'épanouit l'anémone des bois . Elle apporte au sol brun de la forêt son premier vêtement de fête . Sa large feuille dentelée, d'un vert très doux, recouvre la couche des feuilles mortes, humi­des sous le brouillard, et de ce tapis d'un vert cendré émergent les étoiles blanches: Le printemps est là !

   Petite amie, tu connais autour de toi des vies dépouillées, tu as des camarades dont l'âme semble endor­mie . Il n'y a en elles ni générosité, ni idéal . Pas un élan du cœur, un sourire blasé . Ne te détourne pas d'elles, donne-leur un regard de sympathie . Ne te contracte pas . Va au-devant d'elles, avec ta bonne humeur, un esprit de conciliation, de compréhension .

    Les difficultés de la vie, l'absence d'un milieu ouvert au souffle d'en haut, tout cela a fermé leur cœur, l'a enveloppé d'un brouillard que ne perce aucune lueur, qui ne permet de voir aucune étoile . Essaie d'allumer dans leur pauvre vie ces étoiles de bonté, d'espérance . Et puis monte plus haut : C'est à toi qu'appartient la tâche, difficile je le sais, de faire luire à leurs yeux l'Étoile conductrice, celle dont il est dit à propos du Christ : L'étoile brillante du matin .

 Les Mimosas

    ILS nous viennent du pays du soleil, et nous apportent le parfum des rives baignées par une mer bleue, boisées de pins odorants . Ils ont la grâce de la jeune fille : grâce légère et lumineuse . Je ne connais que quelques espèces de mimosas, les unes aux fleurs dorées, au feuillage ressemblant à des plumes, les autres plus pâles, plus rigides, mais charmantes, elles aussi dans leur modestie .

    Il y a plus de cinquante variétés de mimosas ! Cette variété n'est-elle pas aussi celle des cœurs de jeunes filles ? Que de nuances, que d'expressions diffé­rentes, combien de tenues variées, de rythmes divers dans la pensée et dans l'allure !

    J'aime cette variété, cet épanouissement en dehors de toute règle, de toute forme rigide . Et c'est pourquoi je déteste cet esprit moderne qui cherche à faire entrer dans le même moule ces jeunes âmes souples et sensibles .

    Quelle méthode est la sienne ?

    1° Celle du langage : Il faut à notre époque avoir toutes le même vocabulaire, sportif, réaliste . Il y a une langue qui doit être commune à tous les jeunes .

    2° Celle du vêtement : Il faut avoir le même « style » . Il y a des vêtements imposés : Ceci se porte ou ne se porte pas .

    3° Et ce qu'il y a de plus grave, c'est qu'il faut avoir le même visage : Et pour cela, le rouge, le rosé, le noir, le gel, sont les magiciens qui transforment en quelques instants la physionomie et l'empêchent d'exprimer la réalité de l'être profond .

    Je ne te demande pas une originalité maladroite, une absence d'harmonie avec la mode . Pourquoi ne pas être ce que tu es réellement, et oser le paraître ? Ne cherche pas à ressembler à telle ou telle de tes camarades, à réaliser l'idéal que te propose le journal de mode .

    Apprends à te connaître, et lorsque tu auras pris conscience de ta vraie personnalité, tu l'exprimeras très simplement par une attitude qui en sera l'expression exacte, et harmonieuse . SOIS TOI-MÊME !

 Les Pensées 

    JE ne comprends pas pourquoi ce nom fût donné à ces douces fleurs de velours, à la physionomie sereine . Peut-être doivent-elles exprimer une forme charmante de la pensée amie ?

    Veux-tu qu'aujourd'hui nous prenions leur nom au sens du verbe « penser » ?

    As-tu jamais réfléchi au privilège que nous possédons de pouvoir penser ? De ne pas être simplement des objets qui reçoivent d'une façon passive le choc des événements, mais des êtres qui cherchent à compren­dre, à s'adapter, et plus encore à agir par le mouvement de leur esprit, de telle sorte que non seulement nous recevions du milieu où nous vivons des impressions conscientes, mais que nous puissions, dans une certaine mesure, modifier les événements ?

    Certes notre pensée est obscure : « Nous voyons confusément et comme dans un miroir » (1), a dit l'apôtre Paul, et les plus grands philosophes n'ont pu parvenir par le travail de la pensée à concevoir la plénitude de Dieu .

    Plusieurs se sont enorgueillis de cette faculté de la pensée . Ils ont cru pouvoir enfermer la vérité dans leur horizon et ainsi ils ont déshonoré le don de Dieu .

    Remercions Dieu de ce qu'il a fait de nous des êtres créés à son image . Demandons-Lui de sanctifier ce do­maine de la pensée et de ne pas nous laisser oublier que suivant Sa promesse « Ceux qui auront été intelligents brilleront comme des étoiles » (2) .

    (1) 1Corinthiens XIII / 12 ; (2) Daniel XII / 3

 Les Fleurs de pêcher 

    HIER, sur le mur exposé au soleil, les fleurs de pêcher mettaient leurs taches rosés . Tout était charme et promesse . Ce matin, il ne reste plus rien de cette gloire : un retour de bise a, de son souffle glacé, fait mourir les fleurs d'espérance .

    Ecoute-moi ! N'as-tu pas caressé parfois un rêve auquel ton cœur s'était attaché ? Tu as vu s'ouvrir une fleur rosé et, dans l'élan de ta jeunesse, tes yeux se sont ouverts à cette beauté jusqu'alors inconnue qu'est un amour naissant . Tu as cru que c'était « pour toujours » . Et voici que la désillusion a soufflé sur le rêve, fanant la fleur à peine éclose et tu penses que « tout est fini » .

    Aux branches du pêcher surpris par le gel, regarde : il reste des bourgeons moins précoces, que protège encore une enveloppe intacte . Ils ne s'ouvriront que plus tard . Mais ceux-là ne craindront pas les matins glacés ; un air tiède dilatera leurs pétales craintifs et les fleurs rosés s'épanouiront sous le soleil . Attends avec confiance le moment où ton cœur pré­paré à la rencontre d'un cœur aimant, pourra s'atta­cher sans crainte .

    Et je voudrais encore te mettre en garde contre un danger qui menace les jeunes cœurs à notre époque : trop souvent les camaraderies entre jeunes gens et jeu­nes filles dégénèrent en une sorte d'excitation où la coquetterie et l'amour-propre ont plus de part que le sentiment .

    Méfie-toi de cette excitation qui use le cœur et ternit l'imagination . Dès maintenant apprends à res­pecter l'amour .

 Les Primevères 

    ON connais ces primevères, à la corolle jaune pâle, formée de pétales plats et uniformes . Elles poussent en touffes sous les hêtres, entourées d'une couronne d'épaisses feuil­les vert foncé, offrant à nos yeux leur bou­quet où chaque fleur a sa place, sans oppresser sa voi­sine .

    Elles évoquent en moi l'image d'un groupe d'amies . Je pense à ces camaraderies joyeuses de l'école où le tra­vail rassemble l'effort, où les difficultés sont partagées, où le but à atteindre est le même pour toutes .

    Une classe peut être un foyer d'insurrection contre la règle établie, la discorde peut y régner . Mais quel grou­pement joyeux et fort lorsque l'entente règne entre les élèves pour accomplir un travail harmonieux .

    Que de souvenirs délicieux se forment, sans qu'on y prenne garde !

    Tu te révoltes parfois contre ce cadre rigide de la classe . Tu voudrais choisir, Choisir tes camarades, choi­sir les programmes des études .

    Plus tard tu connaîtras la joie, mais aussi la difficulté du choix . Pour aujourd'hui essaie de réaliser avec tes compagnes cette unité de vie qui est une force . La leçon de la primevère, c'est l'harmonie dans le groupe­ment imposé .

 Les Violettes 

    TOUTE la maison est embaumée : dans cha­que pièce un bouquet de violettes met son parfum . Sais-tu ce que c'est que de créer une atmosphère ?

    Je me souviens d'une jeune fille qui se croyait apte à s'occuper d'enfants . Lorsqu'elle entrait dans la nursery, il semblait que la loi, sous les traits d'un gendarme en jupon, en prenait possession . « Permis », « Défendu », étaient les mots de son vocabulaire . Ces pauvres enfants ! Ils vivaient dans une atmosphère de contrainte et d'ennui .

    J'ai connu aussi de ces vieillards moroses dont l'es­prit contredisant éteignait le sourire, et enveloppait les conversations d'un voile d'ennui et de mauvaise humeur .

    Mais il y a aussi de ces natures charmantes, qui apportent avec elles le soleil, la clarté . Il suffit de les croiser sur le chemin, de les rencontrer, n'importe où, en tramway, dans un magasin, pour sentir un rayon se poser sur soi, un rayon qui fond la glace, qui détend le muscle crispé, qui apporte un parfum dans l'air alourdi .

   Ambitionne d'être de celles-là . Que jamais la mau­vaise humeur ne s'empare de ton esprit .

     Souviens-toi de ce récit de l'Évangile : Un jour, une femme, nommée Marie de Béthanie, brisa aux pieds de Jésus un vase contenant un parfum précieux . « Et toute la maison fut remplie de l'odeur de ce parfum »(1), nous est-il dit .

    Apporte ton cœur à Jésus, et de cette offrande s'échap­pera la joie rayonnante qu'aucune crainte n'assombrira .

    (1) Jean 12/3

 Le Myosotis 

    CETTE fleur charmante, fleur d'azur, porte dans plusieurs langues le nom de « Ne m'ou­bliez pas ».

   Tu es à l'âge où se forment les souvenirs, où les amitiés naissent, où le cœur s'ouvre . Apprends à être fidèle .

    La fidélité est la gardienne de nos trésors : trésors du cœur que l'oubli nous dérobe, et nous avançons alors dans la vie, appauvris des joies du passé . Mais la fidé­lité noue sur nos épaules le doux fardeau des souve­nirs, et chaque pas en avant accroît notre trésor, nous fait plus riches sans que notre marche en soit alourdie .

    Au contraire, nous avançons portés par le passé, et les amitiés d'enfance et de jeunesse qui ont formé notre cœur, nous accompagnent au cours de la vie, mettant dans notre ciel l'azur des « Ne m'oubliez pas » .

 

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