PENSEES DU MATIN du 30 janvier 1825 .
Genèse 32/22-32 .
Il fait nuit : un homme est seul au bord d'une rivière ; sur l'autre rive, dans le lointain, le vague pêle-mêle d'un campement ; mais de ce côté-ci, tout est silence et repos . Cet homme, c'est Jacob, et Jacob qui vient prier son Dieu .
Qui dira tout ce qui se passe en lui ? Je me le figure. Repassant dans sa mémoire toute sa vie passée, et se demandant avec angoisse ce qu'apportera le lendemain . Jusqu'ici, tout lui a réussi : parti seul et pauvre de Canaan, il y revient riche et puissant, à la tête d'une nombreuse famille, et pouvant dire avec raison : Dieu m'a béni . Oui ! Mais sous cette prospérité apparente quel danger se cache ! Esaû n'est-il pas à peu de distance, tout prêt à se venger de l'affront reçu quatorze ans auparavant ? Si bien que si puissant et si heureux que le soir l'ait trouvé, Jacob peut se voir à l'aurore le plus pauvre et le plus malheureux des hommes .
Une grande crainte le saisit et le pousse à implorer Dieu . Seigneur, aide-moi ! Mais Dieu n'est pas toujours facile à trouver ; Dieu n'accorde pas toujours ses bénédictions aux premiers cris que nous poussons vers lui . L’angoisse de Jacob redouble ; la résistance même que Dieu lui oppose l’engage à jeter sur sa situation un regard plus attentif, et qu'y voit-il ? Ce n'est plus le danger dont il est menacé qui le frappe ; ce danger, il l'a presque oublié . Non, Il comprend que tout ce qui lui arrive, que l'impasse terrible où il s'est engagé lui, sa famille, ses enfants, et avec lui le peuple de Dieu, le ministère dont il est chargé, il comprend que cette impasse, il ne s'y trouve acculé que par suite de ses fautes passées . Tous les mensonges qu’il a faits depuis son enfance, toutes ses infidélités, tous ses faux pas, toutes ses chutes et tous ses crimes, il les voit se dresser devant lui comme autant d'ennemis ; sa situation, il s'en reconnait lui-même le seul auteur, et s'il devait être anéanti avec tout ce qu'il possède, le châtiment, il le sent bien, il ne serait que mérité .
Jacob est tenace ; Jacob est l'homme énergique par excellence . Il reprend le combat, " un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore, et voyant qu’il ne pouvait le vaincre, il le frappa à l’articulation de la hanche, et l'articulation de la hanche de Jacob fut luxée pendant qu’il luttait avec lui " Genèse 32/25-26 .
Jacob est donc encore vaincu . Son énergie proverbiale, sa ténacité sans exemple qui lui ont fit vaincre tous les obstacles et surmonter toutes les difficultés, les voilà sans force et sans portée contre l'adversaire qu 'il combat . Ah ! c’est que les moyens humains tout-puissants ailleurs sont ici parfaitement insuffisants . Dieu n’est pas homme pour se laisser vaincre par les armes de la chair et de l'homme naturel . Et cependant, il me faut vaincre Dieu ! Si je l'ai contre moi, tout est perdu, non seulement ma vie présente, mais ma vie à venir, mon âme ! Si je l'ai pour moi, que pourra me faire l'homme?
- Que me ferez-vous, vous tous, fiers ennemis qui m'entourez en haussant les épaules ?
- Que me ferez-vous, dangers qui menacez ma tête ?
- Que me ferez-vous, difficultés de mon œuvre, rochers qu'il me faut porter du haut des montagnes, si hauts et si lourds qu'ils m'écraseraient si je parvenais à les ébranler ?
- Que me ferez-vous, pièges sans nombre qui vous ouvrez sous mes pas, prêts à me faire tomber lourdement ?
- Que me ferez-vous enfin, vous qui vous dressez devant moi comme des spectres, vous, mes fautes passées, plus nombreuses que les cheveux de ma tête, et qui ne demandez qu'à m'enserrer dans les les chaines de fer que vous me montrez ?
Ah! si Dieu est pour moi, vous êtes déjà vaincus, tous tant que vous êtes . Il est plus puissant que vous tous à la fois et quelque effroi que vous m'inspiriez, quelque désir que vous ayez de me perdre, vous ne ferez rien que vous ne soyez après tout ses humbles esclaves . Entre ses mains vous n'êtes plus terribles, je ne vous crains plus, et si je sens encore le poids de vos attaques je me réjouirai d'y voir la verge dont non Père me châtie .
Oui... si Dieu est pour moi, Mais sera-t-il pour moi ?
" Et il dit : Laisse-moi aller, car l'aurore se lève ... Et il dit : Je ne te laisse point aller que tu ne m'aies béni ... Et il dit : quel est ton nom ? ... Et il répondit : Jacob ... Et il dit : Jacob ne sera plus ton non, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu as été le plus fort ... Et Jacob l'interrompant lui dit : Découvre-moi ton nom ... Il répondit : Pourquoi me demandes-tu mon nom ? Et il le bénit là ". Genèse 32/27-32 .
Jacob a vaincu ; il a vaincu Dieu par la prière et le repentir . Quel lever de soleil ! Quelle aurore sur sa vie, aurore plus brillante que celle qui, dans moment même, dorait les collines du Jourdain ! ... " Et il le bénit là ".
Tiré des notes journalières Du Pasteur Alfred Boegne et transmis par J. T.
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