Comme tout autre organe, la conscience se fortifie par l'exercice . Il faut la fortifier chez l'enfant, la fortifier en soi-même . Une entorse donnée à la conscience dans les grandes occasions comme dans les petites, la rend boiteuse pour des années .
Oh comme une résolution conforme à la conscience, prise dans des circonstances difficiles ou décisives, la fortifie et lui rend dans la suite son travail plus aisé . La conscience est la respiration de l'âme . Il est absolument nécessaire d'habituer l'enfant à la droiture, à la stricte véracité avec lui-même, comme avec les autres . Il est impossible d'être consciencieux, si l'on n'est vrai, car ce n'est qu'en étant strictement vrai avec soi-même qu'on se rend compte de ce que la conscience ordonne . Il faut combattre à tout prix le mensonge et les compromis boiteux .
Il y a d'autres actes qui peuvent rendre notre conscience prisonnière : ce sont les accords mal étudies et les cautionnements qui nous engagent, qui nous lient et nous rendent dépendant d'autrui . Il y a deux écoles : ou nous savons exactement avec qui, pour qui et pour quoi nous nous engageons, nous nous accordons et les risques que nous encourrons pour nous même et notre conscience . Malgré tout, des risques seront toujours présents ; ou bien nous nous avançons un peu trop avec légèreté, pour obliger, de peur de déplaire, ou sous la pression, et là, c'est dangereux parce que nous cautionnons et devenons co-résponsable des erreurs d'autrui . Là, surgiront les désagréments, les déconvenues, les (ah! si j'avais su), les (on ne m'y reprendra plus) ; trop tard ; et la sérénité lassera la place à la rancœur, ce qui sera pour le conscience une occasion de trouble ; sans oublier les éventuels dommages pour notre entourage !
La parole de l'Éternel nous en enseigne là dessus notamment dans les proverbes : Proverbes 6/1-5 « Mon fils, t'es-tu rendu responsable pour la dette d'un ami en tapant dans la main d'un autre homme ? T'es-tu engagé par tes paroles et lié par tes promesses à ce sujet ? Si oui, tu te trouves au pouvoir du créancier et il faut t'en libérer . Va le voir, supplie le, insiste pour te dégager . Ne t'accorde aucun repos et ne ferme pas l'œil avant d'y être parvenu . Rends-toi libre ; imite la gazelle et l'oiseau qui réussissent à s'échapper du piège où ils ont été mis » . Cette enseignement a autant rapport avec les affaires matérielles qu'avec les affaires morales et spirituelles .
Pour soi-même, quand on se sent faible à cet égard, je ne vois qu'un moyen : Crions à Dieu afin qu'il nous envoie la force de redoubler de vigilance, d'attention, et d'éviter tout ce qui met ou risque de mettre la conscience dans une fausse position, mais aussi de trouver la même force de mettre tout en œuvre pour nous libérer de ces dangereux engagements .
Ce sont aussi ces fausses démarches qui laissent la conscience troublée, elles proviennent très souvent, elles-mêmes, de retards, d'infidélités partielles . Alors pour regagner du temps, pour se sortir d'embarras, on a recours à des expédients quelquefois douteux et qui font des accrocs à la conscience .
Gardons une salutaire terreur de tout ce qui expose la conscience . Si nous la sentons faible, défendons-la en mettant toutes les chances de son côté, par la fidélité, la régularité et le travail .
Ce Pasteur, Alfred Boegne, nous donne une suite ou une conclusion de cette réflexion dans une autre de ces méditations du 25 mai 1892 :
Il y a donc nécessité d'unir la plus forte trempe morale à la plus intense vie religieuse ; ou dit autrement : le bon critère de toute vie religieuse est produit par l'intensité et la pureté de la vie morale . Les deux choses sont parfois séparées ; dès qu'elles le sont, si peu que ce soit, il y a déclin .
Les hommes vraiment grands, les serviteurs vraiment utiles sont ceux qui « conservent le mystère de la foi dans une conscience pure, » c'est-a-dire ceux en qui l'œuvre de Dieu a été si forte et si pure qu'elle produit une vie morale irréprochable . C'est là la saveur spéciale qu'on trouve dans le contact des grands serviteurs de Dieu, comme par exemple : Ad. Monod et ses frères .
On trouve une force exceptionnelle chez quelques-uns de ces hommes, et même dans leurs descendants quoiqu'ils se soient parfois éloignes de la foi positive ; cette force tient, je crois, à ce que la délicatesse de la conscience a été alliée toujours et partout à la force de la foi . Partout où cette délicatesse manque, la vie religieuse a beau paraître intense, il y a quelque chose qui sonne faux et qui la fait suspecter elle-même .
Méditations tirés des notes journalières Du Pasteur Alfred Boegne et transmises par J. T.
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