Du 23 Mars1894 : Vendredi Saint, jour de la Crucifixion du Seigneur Jesus .
J'ai eu cette joie et ce privilège, aujourd’hui pour la première fois depuis quinze ans, de prêcher le Vendredi Saint . Il me semble que j'ai pu prêcher Christ et sa croix, non pas comme je l'aurais voulu, mais mieux, plus clairement que je n'ai pu le prêcher autrefois . J'entrevois tout au moins que la croix est tout, donne tout, suffit à tout .
J'entrevois cette grande vérité qui a fait la Réforme et le Réveil, c'est qu'à la croix a été réalisé un salut tellement grand, tellement profond, tellement haut, tellement précieux que le péché est comme englouti en sa présence, et que fût-il plus lourd, plus noir, plus irrémédiable encore, il n'en pas moins dans le rayonnement et la chaleur vivifiante du soleil de la grâce qui s'est levé sur nous .
J'entrevois une prédication ayant la croix pour objet et pour arme, une théologie ayant la croix pour centre et pour fondement, une foi se nourrissant de la croix ; mais j'entrevois aussi de plus en plus une vie ayant la croix pour règie et pour symbole, une vie crucifiée . Les deux choses se tiennent absolument .
'' Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d(autre chose que de la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi comme je le suis pour le monde '' Galates 6/14 .
Si j’accepte l'interversion qui s'est faite à la croix : Jésus à ma place, cette acceptation n'a pas de sens, si elle n'est une ratification de ce que Jésus fait Pour moi .
Je ratifie l'acte d'obéissance par lequel il accepte mon châtiment ; je l'accepte comme mérité pour moi-même, mais je ratifie cette obéissance pour tout le reste de ma vie . Jésus n'a accepté le sacrifice suprême que comme couronnement d'une vie d'obéissance ; si je m'approprie ce qu'il a fait, je ne puis le faire à moitié, je ne puis ratifier son quand il me profite, et refuser de le ratifier quand il m'engage .
Pour qu'il me profite, il me faut etre de bonne foi et accepter la substitution avec toutes ses conséquences, le profit et l’obéissance . L'un ne va pas sans l'autre .
La croix me sépare donc du monde, elle me sépare aussi de la volonté propre ; par elle je meurs à moi-même ou tout au moins je me renie moi-même ; je détrône le moi et j'intronise Christ à sa place ; ma vie sera Christ, Christ sera ma vie .
Voilà en quoi m'engage l'acte de foi; mais voilà aussi, je le crois du moins, voilà de quoi la croix me donne la force, à une condition, c'est que je sois conséquent et fidèle...de bonne foi, en un mot : Accepter la croix comme le tombeau de ma vie et de mon péché .
Accepter la croix comme le point de départ, quotidiennement retrouvé, d'une vie nouvelle, incessamment rajeunie, reçue en grâce, bénie, pure, heureuse .
Accepter la croix comme l'instrument de mort de mon égoïsme, de mes préférences personnelles, de ma vanité, de mon orgueil .
Tiré des notes journalières Du Pasteur Alfred Boegne et transmis par J. T.
Commentaires (0)
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.